« Dieu existe. Il est celui que tu désires être un jour », Jamel Balhi


Comme une conclusion après 18 mois de course à pied sur « Les routes de la foi » de Jamel Balhi aux éditions Transboréal. Humilité et amour. Une forme chaleureuse de sagesse.

(R)éveil, Terrac, Ariège, 31 juillet 2015, FredBargeoN

(R)éveil, Terrac, Ariège, 31 juillet 2015, FredBargeoN

page 336 : (du chapitre « Lhassa : ultime sagesse« ) « …J’éprouve seulement un sentiment de plénitude, la certitude d’avoir atteint l’inaccessible. Un rêve réalisé. Aucune récompense ne pourra me gratifier d’une telle victoire sur soi-même et sur les incertitudes du départ. Aucune récompense n’aura autant de valeur que ces petits moments d’amour distillés par des inconnus qui m’ont accueilli sous leur toit. Qu’ils soient adorateurs de la Croix, du Croissant, de l’Etoile, du Trident ou du Vajra, l’amour que portent en eux les hommes est indépendant des symboles, si sacrés soient-ils. Je n’oublierai jamais ces paroles de mon ami Christian Farra de Beyrouth : « 17 ans de guerre et on aime tout le monde. » Au royaume du dalaï-lama, ces mots trouvent un écho singulier. Elles traduisent l’humilité de tous les maîtres rencontrés en chemin. Dieu existe. Il est celui que tu désires être un jour.« 

Personnellement ces quelques mots me bouleversent. Pour quelques instants je m’échappe de la chape de plomb des discours haineux, sectaires actuels. Je m’échappe. Une évasion qui dure plus qu’un instant.

Frédéric Bargeon

 

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Jamel Balhi, coureur de fond et passeur émérite d’humanités sur les routes du globe


Il y a dix jours, je furetais dans la librairie indépendante la plus authentique que je connaisse, « La Mousson », devenue à présent une « institution » puisque elle a vitrine sur placette depuis une bonne quarantaine d’années dans cette sous-préfecture du Couserans, la placide ville de Saint-Girons. Ici, le peuple ariégeois lit et semble ne pas commander sa lecture sur le site américain, monstruosité que je ne nommerai pas capable de vendre un lave vaisselle et une encyclopédie en même temps. Un des effets de la rationalisation. Sans doute.

Vivant à quelques kilomètres de là, j’arpente régulièrement les allées minuscules et surchargées de livres, de papiers, de beaux arts et autres merveilles. « La Mousson » c’est une Madeleine pour tous ceux qui aiment les mots et l’odeur du papier. Une librairie à l’ancienne. Un peu en bordel ; un classement singulier. Et y a toujours une surprise entre deux étagères, une petite pépite qui vous tombe sous l’œil, puis sous les doigts. Puis qui vous semble une évidence. Évidence de lecture. Sans hésitation. C’est ce qui m’arrive de temps en temps dans un tout petit coin dédier à l’art en général à la spiritualité aussi. Aux témoignages surtout.

Il y a donc dix jours, j’ai fait une magnifique rencontre. Une rencontre qui m’émeut encore et qui bouleverse réellement mes pensées et mon coeur. Surtout dans ces temps où l’on cherche tant bien que mal un tout petit peu de bienveillance. Il faut dire que c’est un peu bancale. Un peu moche. Un peu puant. Un peu glissant en ce moment. Dans ces violences qui deviennent ordinaires, on se prend à rêver de la simplicité d’un regard, de la chaleur d’un échange. De la douceur d’un partage. Comme un baume pour apaiser les conflits par monts et par vaux qui fleurissent jusqu’au bas de l’immeuble.

J’ai rencontré Jamel Balhi et son témoignage « Les routes de la foi« , une réédition aux éditions Transboréal qui dans cette période de rejets systématiques des religions en général, des croyances en général, des spécificités en général, dans cette période où les dirigeants incompétents aiment à dresser les uns contre les autres pour masquer leur insupportable responsabilité dans la déliquescence de nos existences et la propagation des guerres et autres conflits qui jettent sur les routes des millions de réfugiés est un livre qui ouvre, élargit, percute, observe, et jamais ne juge.

Cet homme rencontre et raconte le monde à travers sa passion : la course à pied. Au rythme de ces foulées ils  narrent les humanités et ici les religions monothéistes.  Ce livre raconte un périple de 18 mois de Paris à Lhassa entre 1996 et 1997. Déjà 20 ans et des conflits qui habitent encore les journaux du soir de 2016…

Je laisse la place à sa plume légère, belle, authentique, sans fioriture. Comme une prose de l’émerveillement simple. Et permanent. Merci Jamel Balhi ! Les humanités ont encore une chance de vivre. Les spiritualités aussi.

"Derrière la grille", Beaubourg, Paris novembre 2013, FredBargeoN

« Derrière la grille », Beaubourg, Paris novembre 2013, FredBargeoN

Page 254/255 : (du chapitre « Dormir avec les rats en Inde« ) « Je voyage encore sans but précis, et parfois j’en cherche un. Adolescent, j’ai visité Venise, les monuments de Vienne, les grands musées d’Europe et leurs sculptures de dieux grecs figés, mais les seuls souvenirs que je garde de ces voyages sont mes explorations des bas-fonds des villes. La misère, la pauvreté, le sordide. Impossible d’ignorer ces bandes d’enfants qui sillonnent les rues des capitales, offrant aux touristes des objets volés, de la drogue et du sexe bon marché. Mon espoir fut alors d’abattre la barrière sociale, politique et raciale qui contamine la société, particulièrement dans le tiers-monde, avec ses guerres civiles et son insécurité permanente.

J’ai voulu aider ces pauvres gens, plongés dans la misère, persécutés, exploités, manipulés par les dirigeants politiques, et dans certains groupes ethniques tels que les Kurdes et les Palestiniens, ceux qui luttent contre l’oppression. L’esclavage a, paraît-il, été aboli il y a un siècle et demi, mais que sont ces enfants qui travaillent, mendient ou se prostituent, sinon des esclaves ? Et ces soldats utilisés comme des pions sur l’échiquier de la politique internationale ? Que sont ces coolies croisés chaque jour en chemin ? Ces hommes jeunes et moins jeunes qui vont et viennent sur les routes en quête d’un travail de force contre un salaire de misère qui leur permettra , tout juste, de se remplir le ventre ? 

Question posée à un jeune conducteur de rickshaw rencontré dans une ruelle crasseuse de Delhi et qui venait de se réveiller après avoir dormi toute la nuit recroquevillé en chien de fusil sur le siège de son vélo-taxi :  Pourquoi fais-tu ce travail ?

-Si je ne le fais pas, ce soir mes enfants, ma femme et moi-même n’aurons rien dans le ventre. Le jeune homme âgé de 18 an, est déjà père de trois enfants qui ne connaîtront jamais les bancs d’une école. Je repense souvent à Nasser et Ahmad, les deux Irakiens rencontrés en Iran. Et au destin de Beshkim, l’Albanais…Que sont-ils sinon des esclaves de l’ombre comme il en existe des millions de par le monde ? 

Malgré mon idéal, je continue de me sentir détaché. Et je poursuis ma route chaque matin dès l’aube.« 

""Lignes de trace", Dune du Pyla, été 2013, FredBargeoNLignes de trace", Dune du Pyla, été 2013, FredBargeoN

«  »Lignes de trace », Dune du Pyla, été 2013, FredBargeoNLignes de trace », Dune du Pyla, été 2013, FredBargeoN

Page 165/166 : (du chapitre « L’Iran ou le pays des fleurs noires« ) » Sur la route de Tabriz, ancienne capitale de l’Empire perse, une patrouille de police en Mercedes me croise. Les hommes font demi-tour et s’arrêtent à ma hauteur. Deux barbus…

-Quel pays ? On ne sais jamais. SI j’étais un Turc clandestin passeur d’images non approuvées par le très austère Comité islamique de censure.

-Faransé ! L’un des deux policiers s’exprime dans un anglais parfait. Ma présence sur cette route désolée sidère ces hommes. Leur étonnement cède aussitôt la place à un comportement amical. Nous sympathisons rapidement. Amadouer les policiers d’Iran semble une tâche plus aisée que je ne l’imaginais. Ils veulent savoir si je suis étudiant.

Etudiant, je pensais que je le resterais toute ma vie. C’est la meilleure des positions sociales, à condition d’être étudiant sans université, docteur en rien, étant moi-même mon propre professeur.

A la question « Est-ce que l’Iran t’effraie ? », je réponds que les peurs sont enfouies dans les consciences. Elles ne sont que le signe de nos préjugés.

« En Iran les hommes sont bons, mais la politique est mauvaise, me disent à l’unisson les deux policiers ; ne le répète à personne, jeune homme, car dans ce pays tout le monde le sait déjà. »

Des conversations à bâtons rompus s’improvisent dans cette plaine où courent le vent, les nuages bas et les moutons. Durant une semaine, jusqu’au prochain secteur administratif, la patrouille motorisée viendra quotidiennement à ma rencontre avec de l’eau, des biscuits et des sangak (pain plat). Ces policiers à la réputation de brutes féroces se comportent en copains, et même en très bons copains. « As-tu eu une relation sexuelle avec une Américaine lorsque tu as traversé les Etats Unis ? 

-Dans quel Etat d’Amérique, Sir ? 

-…!« 

Bonne découverte !

Frédéric Bargeon