Lucien Barjon, alias « Papette Siblaw », mon grand-père paternel, hommage sétois pour son centième anniversaire


Vendredi 11 mars 2016, il aurait eu 100 ans. C’est mon grand-père paternel, mon « Papette ». Il était Homme de théâtre, de cinéma et de télévision. Il aimait les mots et la poésie, se bourrait la gueule avec Brassens, sétois comme lui, échangé quelque correspondance avec Giono. Il était communiste et déserteur. Il aimait les situations impromptues où il pouvait, sans honte, partir dans des fous rires légendaires. Il aimait l’astronomie et se plaisait à croire que les extra-terrestres existaient. Il était (trop) sensible et (trop) humaniste dans ce milieu artistique (souvent) cannibale où il faut jouer des coudes pour être en tête d’affiche.
Pour lui rendre hommage, la ville de Sète, à l’initiative de Jacques Barthés, organise une exposition autour de sa longue carrière (souvent chaotique.) Lucien Barjon, né Lucien Bargeon était un grand-père un peu lointain et pourtant si attachant.Qui m’a laissé, en héritage émotionnel, une belle sensibilité artistique.
Exposition du 8 au 22 mars à la Médiathèque François Mitterrand de Sète. Vernissage le vendredi 11 mars à 18h. Aujourd’hui départ donc pour la Méditerranée !
Voici l’affiche et le tableau que je viens de terminer pour lui fêter ces 100 ans « Papette Siblaw ». Si vous êtes dans le coin…

Rétrospective de la soirée du vernissage (quelques photos, coupures de presse et textes) :

TEXTE d’hommage de Roland Bargeon, son fils

Hommages de Gabriel Garran et Pierre Arditi

 Et la carrière de Lucien Barjon en vidéo :


Créer. Cinq lettres bien anodines pour composer un verbe tout à fait populaire. C-R-E-E-R. Sec et redondant en bouche quand on le prononce nonchalamment. Sans éclat. Exprimer pour annoncer quelque chose d’aussi systématique que d’aller manger un bout ; faire un petit somme. Ou pisser un bock. Éructer à tout va. Oui, tout le monde crée, une vie est une forme de trajectoire créatrice. Sans aucun doute. Créer avec sa tête, ses mains, son corps, et tout ça à la fois. Créer sans s’en rendre compte par ce que la vie est une pelote de laines pleine de nœuds, des fils coriaces dans tous les sens qui ne se tricotent pas aisément ; une sacrée dose d’imagination est nécessaire pour en sortir quelque chose de correct. De fort. D’intense. Ou même de doux. De satisfaisant. D’honnête. Une vie est une création en soi. « Tu es le créateur de ta vie » lit-on souvent dans les réclames des « bien-faiteurs » du bien-être. Un peu facile l’adage. Un fourre-tout à la mode qui se révèle être une coquille vide. Bien souvent. Être le créateur de sa vie et l’acte de créer dans une dimension artistique peuvent, par quelques détours et angles arrondis, se rejoindre, emprunter des sillons similaires, mais l’un et l’autre n’impliquent pas la même intention. La même exigence. La même intensité. La même nécessité absolue. Il y a une différence de taille et mon propos n’est pas de dévaloriser l’énergie créative mobilisée pour cheminer dans sa vie. Non absolument pas. C’est que l’acte de créer tout court, dans le sens artistique du terme ne supporte aucune compromission. Il n’y a pas la moindre place offerte à la complaisance. Aux petits arrangements avec ses valeurs. Avec l’univers intérieur source d’inspiration.

Créer est une succession de pensées, de réflexions qui sont viscéraux, intransigeants, incontrôlables ;  des « dures à cuire » violents, monstrueusement envahissants ils assomment l’âme et le corps de l’artiste de coup de butoirs émotionnels et existentiels, ils accaparent le quotidien et repousse dans des sphères lointaines les petites préoccupations, ils sont vicelards tant ils s’immiscent et gangrènent tous les pores, toutes les cellules, ils sont imminents et pointilleux, irascibles et purulents, c’est comme la lave bouillonnante du volcan. On ne peut que s’absoudre et se laisser lacérer. C’est la semence de la création. L’éden grondant de ce qui, d’un instant à l’autre, va surgir sur une toile, une feuille, une photo.

Alors créer devient le passages à l’acte, ces gestes, ces mouvements qui apaisent l’âme et donne un sens au magma explosif. Exprime et explicite, même de façon sibylline, la pensée, la réflexion, le point de vue philosophique qui, à l’intérieur, grossissaient, mûrissaient et n’attendaient qu’une seule et unique chose naître, prendre forme, et être exposés aux lumières du jour, aux regards aiguisés du monde. Ce monde qui s’il se laisse porter et s’autorise un lâcher prise, verra immédiatement si la démarche est honnête, profonde et authentique. Il le ressentira intuitivement. Le jugement dernier qui n’admet pas les mensonges !

Créer est cet incessant ressac entre procrastination invivable et l’obsession de la mise en forme. C’est déroutant, jouissif, difficile, et totalement irrépressible. Exigeant. Vivace. Et vital. L’artiste ne peut pas faire autrement. Il n’y a pas de stratégies d’évitement ; c’est impossible. Ou alors, c’est la mort clinique et l’apparition du zombie, arpentant les méandres de la vie, désincarné. Vide.

Après quelques mois d’une pause imposée dans ma création, le cycle infernal reprend. Ça va déménager, je vous l’assure !

Pigments et peinture à l’huile sont mes nouveaux compagnons. L’odeur de l’huile de lin déjà titille de son étrange odeur mes narines. J’en ai plein les mains et j’ai les ongles d’apparence crasseuse.

Que les artistes vivent et ne s’empêchent pas de créer. Quoi qu’en pense le monde.

Bargeon (prochainement fBi, soit fédération du ou des Bargeon Incrédule(s), Impatient(s), enfin tout mot commençant par la lettre I ; en fonction de mon humeur.)

Floue


Terrasse, Montpellier, Juin 2014, FredBargeoN

Terrasse, Montpellier, Juin 2014, FredBargeoN

La conscience de soi, d’être, d’exister ; la conscience de l’autre, des autres. La conscience de la vie, de la mort. Les consciences individuelle et collective. Les origines, le sens d’être là, ici et maintenant pour aller où. Tout ce fatras qui colle à la peau et à la tête. Pourquoi vouloir rendre net et précis une substance qui est floue ? Intrinsèquement floue. A croire que les spécialistes en tout genre, se parent de la toge du prêcheur, du guide savant qui, dans un tour d’esprit, parfois d’une condescendance intellectuelle frisant la supercherie, nous font croire – et se font croire – que la conscience de soi est une matière palpable, délimitable, théoriquement abordable, concrètement explicable. Laissons le flou être. Les périmètres scientifiques de la conscience de soi ne semblent être que des subterfuges, tantôt alambiqués, tantôt simplistes, dans le but mesquin d’élaborer le principe élémentaire que certains savent et d’autres ne savent pas. Je crois que personne ne sait et que tout ça reste bien flou. Et le flou n’est pas forcément une menace. C’est d’ironiser et de cracher sur le flou qui dégrade. Accable. Désoriente. Car qui sait vraiment qui il est ? Où il est ? Où il va ? Qui sont les autres ? Tout n’est qu’hypothèses.

Bargeon