Pensée du jour dix mai


Scène de rue nocturne, Andernos les bains, FredBargeoN

Scène de rue nocturne, Andernos les bains, FredBargeoN

« Je me penche à la fenêtre. Je regarde le monde. J’observe. Les piétons. Les gens. Parés de leurs habits d’apparats, ils marchent concentrés. Inepties modernes. De sombres vêtus, ils déambulent dans une trajectoire qui ne semblent pas les travestir de gaité. Automates d’un cirque décadent et désastreux. Ils vont gagner leur croûte. Leur vie. De quoi bouffer. Se loger. Pour les plus diplômés, ils vont accumuler des deniers pour financer des loisirs bien mérités. Bien mérités ? Je me pose la question. Plus le métier est éloigné de l’humanité plus il est rémunéré. Ainsi va ce monde qui accumule des erreurs fondamentales. Et les maîtres de ce jeu macabre, de me répondre, je les entends, qu’ils fournissent, ces odieux diables, de l’emploi et de la croissance. Pauvres connards, je leur réponds, vous n’alimentez que votre propre business. Les autres, la masse, ne sont qu’une chair à diplômes pour engraisser votre immonde narcissisme. Je regarde. Désolé. Anéanti. Ils courent tous. Travailler. Je les entendrai presque remercier leurs bourreaux de leur-quand-bien-même-situation-privilégiée-de-non-chômeur. Et je les regarde. Et je  sais que l’avenir est morose. Car leurs bienfaiteurs d’employeurs sont, pour la plupart, des esclavagistes modernes qui ne s’intéressent certainement pas à l’humanité et son devenir. Je regarde. Et j’ai envie de chialer. Des larmes non pas de tristesse mais de colère. Voir ainsi mes congénères perpétuer la relation serf/maître. Mais il est vrai que j’omets de préciser qu’à présent le maître donne de l’argent pour que son serf se nourrisse et se loge. Pas plus pour la grande majorité. Un peu plus pour les autres. En sursis de productivité satisfaisante. Avant, le maître ne donnait rien de sonnant et trébuchant. Il nourrissait et logeait. Maigrement. Certes. A présent, le maître fait croire au serf qu’il maitrise son existence. Pas si sûr. Mais les serfs modernes ont tant envie d’y croire que leur stratégie est une fabuleuse farce. Comme les loteries nationales. Et je regarde. Mes larmes coulent encore. Quel désastre. »

Frédéric Bargeon

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s