Pensée du jour dix neuf février


Autoportrait

Autoportrait

« Sa course effrénée se termine dans un bout de rue ; ses narines détrempées mouillent sa moustache poivre et sel ; luisante sous la lumière blafarde du seul lampadaire encore en état de marche ; ce coin-là de la ville est abandonné. Depuis belle lurette. Il crache ; un mélange de peur et d’espoir. Il crache encore. Un filet de salive suspendu à son menton lui donne un air ahuri ; un peu aliéné. Il souffle comme un bœuf de boucherie avant son exécution sommaire. Autour de lui tout n’est que mur de briques. Et de béton. L’humidité pique ; il caresse les murs ; ils sont recouverts d’une mousse blanchâtre. Il est encerclé. C’est un cul de sac. Il cogne comme une fillette en proie à un terrible cauchemar. Il cogne. Et ne crie pas. Cela ne sert à rien. Il est seul. Il le sait. Il cogne. Plus fort. Tourne en rond comme un taureau de corrida. Arrache à coups d’ongles les murailles de cette prison à ciel ouvert ; au dessus  les étoiles resplendissent. Gardiennes scintillantes d’une geôle bien surprenante. Ses invectives deviennent rageuses. Il griffe comme une hyène affamée la muraille sans faille. Elle s’effrite. Peu à peu. Dans un élan de saut en longueur, il projette et fracasse son épaule contre cette putain de muraille. Elle s’effondre. Sans bruit. Il introduit son corps en fusion dans le trou. Béant. Son doigt éteint la sonnerie matinale du réveil. Machinalement.« 

Frédéric B.

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