Tu avais…es-tu à présent ?


Tu avais 25 ans. Ou peut être 26. A moins que cela ne soit 24. Une année de plus ou de moins dans ces circonstances est-ce important ? Essentiel ? Je ne crois pas. Rien, d’ailleurs, dans ces circonstances ne semble avoir un quelconque lien avec l’acte de croire. Tu avais la vingtaine. Et certainement tu ne croyais plus. En rien. Ni aux autres encore moins en toi. Proches. Aimés. Eloignés. Inconnus. Tu devais les percevoir bien flous tous ces gens adorés, haïs et anonymes. Des silhouettes difficiles à distinguer. Comme si elles étaient à la fois corps de chair et particule de brumes. Brouillards épais. Un tout de marasmes  et de miasmes. Un tout dans lequel tu ne distinguais plus les contours de la vie. Même plus la moindre étincelle. Un brouillard plus gris que blanc. Ou est-ce dans ta tête que cette poisseuse réalité existait ? Tu as projeté vers l’extérieur le labyrinthique désespoir qui t’aspirait dans un dédalle de culs-de-sac. Comme tu devais être oppressé. Ereinté. A cran. Perdu. Noyé. Etouffé. Tourmenté. Colérique. Pour ainsi désamorcer le processus. La chute infernale. Pour enclencher le bouton « stop » sur le clavier de tes obsessions. De tes angoisses. De tes idéaux perdus. Tu as peut être, comme un Petit Poucet des temps modernes, posé des cailloux. De toutes les couleurs. De toutes les tailles. Pour retrouver ton chemin. Le sens de ta vie. Le sens de tes 20 ans. Tu savais que tu t’égarais. Trop souvent. Un manque d’orientation flagrant. Mais doit-on blâmer ceux, comme toi, qui n’y comprennent rien aux règles inébranlables de la boussole. Pour toi, toutes les directions étaient possibles. Indubitablement, tu n’avais pas tracé une ligne droite. Tu as farfouillé. Déniché des sentiers. Et tu n’as plus retrouvé ces foutus cailloux. Peut être étaient-ils trop escarpés et les cailloux ont roulé dans des précipices ? Ils t’ont assoiffé et effondré ces sentiers. Périlleux. La mise en danger te titillait. Te plaisait même, oserai-je dire. Bien que je ne te connaissais pas beaucoup. Fureur de vivre. Sans contrainte. Sans ménagement. Le cœur embaumé de rêves. La tête pleine de fantasmes. La réalité t’as vite rattrapé. Elle peut être intraitable. Dégueulasse. Horrifiante. Cette réalité. Surtout pour les hyper sensibles comme toi. Un véritable cauchemar. Sincère et piquant.

Tu avais 25 ans. Ou peut être 26. A moins que cela ne soit 24. Peu importe. En toi martelait une rage. Un dégoût. De violentes poussées de vie et de mort mêlées. La vie. La mort. Finalement, tu les as tricotées de telle sorte, en toi, qu’elles voulaient dire la même chose. A moins que la mort fut une libération. Un salut. Ton succès. Ta dernière carte. Atout maître. Tu gagnes la partie. Contre tes marasmes. Cette vie qui pue et ne t’aime pas. Ou est-ce toi qui ne l’aimais pas finalement cette vie ? Peut-on te juger. Non. Non. Jamais. Ce serait encore plus détestable. Te juger dans ton dernier acte. Il t’appartient. Il est tien. C’est ton point final. Et il est douloureux. Je ne réfléchis pas quand je dis ça. Douloureux. Ce n’est pas une façon détournée de te dire que tu aurais dû faire autrement. C’est une pensée du cœur. Une pensée altruiste. Du cœur. Par ce que tu avais 25 ans. Ou peut être 26. A moins que cela ne soit 24. Et peu importe. Mais tu étais si jeune. Que cela tiraille. Là dans les tripes. De penser. D’imaginer. A cet instant. Bref instant. Durant lequel. Tu as choisi. Consciemment. Inconsciemment. Les deux à la fois. Personne ne le saura. Jamais. Cet instant aussi bref qu’un froissement d’aile. D’appuyer sur la touche « Stop ». Et de ressentir même approximativement. De ressentir l’état dans lequel tu devais être à cet instant là. Mourir seul. Mourir violemment. Quand tout n’est que détresse et brouillard, c’est brutal. Encore plus violent que l’acte de s’offrir à la mort. Et, j’avoue cela m’attriste. Je suis un hyper sensible comme toi. Que veux tu, je fais avec !

C’est ton choix. Tu l’as fait. J’aime à penser qu’enfin tu as trouvé un sentier doux, bucolique, parfumé. Peut être es-tu monté sur une belle jument pour une ballade éternelle. Et que tu t’émerveilles le cœur léger.

Tu avais 25 ans. Ou peut être 26. A moins que cela ne soit 24. Peu importe. Je t’offre ces quelques mots. Ces pensées qui m’habitent. Une façon de te dire au revoir. Et de ne porter aucun jugement.

Frédéric B. 

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