Solitude


Un ciel. Le ciel est bleu ce soir. Immaculé. Pur. D’un bleu sans intensité. Ni laiteux ni brumeux. Juste un ciel d’un bleu clair doux. D’un bleu clair qui précède d’une heure sûrement le coucher du soleil. Bientôt il s’empourprera avant de se laisser assombrir. Bleu nuit. Il sera alors picoré par des millions d’étoiles. Le ciel est bleu clarté.  Aucune trace des encombrements gris et colériques de ces dernières semaines. Ils ont déversé des litres de pluie. Sols spongieux. Cœurs écœurés de tant de pleurs célestes. Miséricordes. Mélancoliques colères contre ces cieux instables et froids. Le ciel est bleu clair ce soir. Et mon cœur est toujours mélancolique. La chaleur du soleil n’a en rien attendri mon cœur. Et ce soir, ce ciel bleu clair me laisse presque de marbre gris. Le vert des feuilles m’entourent. Intense. Fluorescent. Le piaillement excité et lubrique, peut être, des oiseaux, inondent mes oreilles. Stridents et mélodiques en même temps. Une hirondelle passe au dessus de moi. Joyeuse et insouciante. Plane un rapace. A l’affût d’un dîner. Le bassin est à quelques mètres. Je n’entends pas le murmure de l’eau. La marée doit être basse. Et l’eau s’est retirée loin là bas vers les profondeurs glaciales de l’Océan. Un air champêtre. Guilleret et léger. Printanier. Enfin. Cette vie autour de moi me laisse de marbre gris. Presque. Il manque quelque chose dans ce décor idyllique. Idyllique par ce que je pensais que la nature, elle seule, comblait les failles, les fractures, les fissures du corps et de l’âme. Croyances inespérées de l’homme. Qui exalte son esprit en imaginant la nature comme un médecin des affres. La nature est belle. Dure. Magique. Etrange. Didactique. Ordonnée. Répétitive. Surprenante. Et profondément objective.

Flaques d'eau en marée basse, Bassin d'arcahon, 2013, Bargeon

Flaques d’eau en marée basse, Bassin d’arcahon, 2013, Bargeon

Toute la subjectivité qui l’enveloppe n’est que le fruit du regard qui se pose sur elle. La nature accueille mais en rien ne s’adapte. Elle reste belle. Dure. Magique. Etrange. Didactique. Ordonnée. Répétitive. Surprenante. Et irrémédiablement objective. Ces qualificatifs sont eux-mêmes et très certainement issus de ma propre subjectivité. Je suis entouré de nature. Je rêvais d’être entouré de nature. J’y suis presque au cœur. Presque parce que l’homme dans sa prolifération arrogante s’est propagé dans cette nature. Détruisant des forêts de-ci de-là. Partout. Des pins par centaines déracinés pour laisser place à d’hideux lotissements. Mais cet homme si destructeur, si désobligeant vis à vis de l’équilibre mystérieux de la nature…me manque profondément. Je ne suis pas un pin. Je ne suis pas une hirondelle, je ne suis pas un brin d’herbe. Je reste un homme. Un homme qui a voulu fuir, trop vite peut être, certainement je dirai, la ville. Je suis un homme qui a besoin de l’Homme. Pas n’importe quels Hommes, les Hommes qu’il apprécie, chérit, aime parce qu’il a construit, tout comme la nature construit, des relations ordonnées aves d’autres Hommes. Structurées. Par ce que la vie dans son essence même est ainsi élaborée. Des chemins se croisent. Nombreux. Et parfois, ces chemins se lient, s’enchevêtrent, se mélangent. L’amitié. L’amour. L’intensité des relations. Homme je suis, Homme je reste. Et là, cette Nature magnifique et par moments sublimée par mes sens, ne me suffit pas. Est-ce ce pincement qui tiraille mon cœur que l’on peut appeler impression de solitude. La solitude est sûrement ce sentiment de manque qui naît lorsque l’on voit et vit quelque chose de beau, comme cette nature qui m’entoure, et que l’on ne peut partager avec personne. Avec aucun Homme de sa sphère intime. A quoi bon regarder pousser des graines, plantées par soi-même, et de ne pas partager l’imminence du bouton de fleur avec d’autres Hommes ? La solitude commence là dans ce vide relationnel. Echanger avec soi des sensations n’est guère excitant. Je m’extasie devant la graine devenue plante. Mais mon extase se développe quand je la partage. Si elle reste en moi, l’extase pourrit et se meurt. Le ciel est toujours bleu clair et la solitude voile les beautés qui s’épanchent devant mes yeux nimbés de tristesse. Une tristesse sans gravité. Juste un voile d’inachevé. Les émotions se partagent. Bonnes ou grincheuses. Et la solitude bloque ce processus magique du partage. Le ciel est bleu clair toujours et la solitude s’imprègne. Première expérience de cette solitude là. Involontaire. Il faut parfois prendre des chemins tortueux pour se rendre compte de qui l’on est. Ce soir, le ciel est bleu clair toujours et encore et je me sens citadin sensible à la Nature. La solitude est là, en moi. Je regarde ce vert profondément beau. Ces feuilles qui tremblotent au gré de la brise. Le concert des oiseaux. Demain, de nouvelles fleurs jailliront et mon sentiment de solitude sera là. Encore. Comme le bleu clair du ciel. Aucune gravité dans cette constatation. Je suis un citadin sensible à la nature. Mais le corps et le cœur sont imprégnés fortement et dépendants de la ville, de ses amoncellements d’humanités. La solitude est un apprentissage.

Frédéric B.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s