Voeux et autres résolutions chéris


Givre sur arbustes

Givre sur arbustes

Ils sont là. Les vœux. Cette ribambelle de cotillons verbaux susurrés à des oreilles amicales. Parfois totalement inconnues. Ils côtoient les farces et attrapes en papier et autres flûtes de champagne remplies jusqu’à la lie des réjouissantes festivités. Ils naissent aussi vite qu’ils meurent. Le temps d’un claquement de bises. Des léchouilles. Pour les plus intimes. Embrassades. Corps collés-serrés. Le temps d’un émoi intense et joyeux, forcé et pourtant spontané. La tradition, cache dans son ventre, ce petit quelque chose d’étrange et de spirituel qui sait provoquer un lien oublié, un lien capable de réunir les êtres alors même que l’envie est amaigrie par des décennies d’un rituel dont les fondements échappent au commun des mortels. Yeux dans les yeux. Notre sueur se mêle à la chaleur collante de nos acolytes éphémères. Des retrouvailles. De l’humanité. Une presque candeur de gamin. Un brin exacerbée par les verres d’alcool ingurgités. Hommes et hommes. Femmes et femmes. Hommes et femmes. Jeunes et vieux. Canons de beauté et moches comme des poux. Endimanchés et sportifs. Joyeux et sceptiques. Rieurs et grincheux. Musulmans et juifs. Catholiques et orthodoxes. Classe moyenne et pauvres. Bourgeois et ouvriers. Sans ambiguïté. Le temps d’un claquement de bises et de quelques mots, souvent les mêmes répétés à l’infini, une profonde sincérité naît dans cet instant d’empathie corporelle. Mystérieuse magie des vœux. Une envie de souhaiter à l’autre – et sûrement à soi – une année à venir sans encombre ni violence. De la bonne santé, de la bonne chère – chez nos ancêtres lointains, avoir l’air aimable et accueillant – du fric et autres extases langoureuses. Des vœux simplistes, sans importance et pourtant. Pourtant, les fêtards se jettent dans les bras.

Techno Parade, place de la Bastille, Paris 2011

Techno Parade, place de la Bastille, Paris 2011

Que ça fait du bien des attentions corporelles sans être soupçonnés de malveillance, de perversion ou d’empiètement sur l’espace vital de l’autre. Les casaniers ne s’excluent pas de cette frénésie, même s’ils défendent avec de sérieux arguments de solitaires, le contraire. Il est vrai que partager les vœux du réveillon de la Saint Sylvestre en pleine effervescence d’une soirée prend un sens animal bien plus excitant que les vœux exprimés dans un bureau, un lendemain de fête. Soit. Les vœux perdurent et doivent, au tréfonds de chacun, avoir une résonance. De l’ordre de l’inconscient collectif. Race humaine. Sans distinction d’aucune sorte. Un élan fraternel de bipèdes. L’expression d’un besoin inextinguible de se rassurer. Tout le monde appartient à la race humaine. Dommage. L’élan ne dure que le temps d’une paire de bises. Les vœux sont l’expression annuelle et unique d’une trêve extrêmement temporaire des écueils des Hommes. Qu’ils s’embrassent, s’enlacent, se sourient, et se souhaitent le meilleur encore. Et encore. Avec sincérité et plaisir. Même si cela paraît ringard. Ringard et si traditionnel. Johnny Hallyday – putain qu’il est compliqué son nom à écrire, une véritable prouesse de créativité – me paraît ringard pourtant il déchaîne les foules. Encore. Alors, je ferme ma gueule sur ce sujet. Époque de tensions à vomir. Tout ce qui peut enthousiasmer et provoquer le partage, sans ségrégation, est bon à prendre. C’est vrai, je n’irai pas me précipiter  chez un disquaire pour acheter un CD de Johnny Hallyday. Mais, je suis attentif et sensible à l’émergence des élans collectifs de joie et de vibration. Plaisir venant contrer les divisions incessantes entre les sous-races de la race humaine. Inventées par elle même. En personne. Le temps des vœux est une amnésie réconfortante. Je suis persuadé que les mots susurrés à l’oreille sont, pour une fois, sincères. Pour une fois seulement. C’est déjà pas mal. N’en déplaise aux exigeants de ma trempe, c’est déjà mieux que rien vieux vaurien !

Et les vœux ont des sœurs. Des sacrées bonnes sœurs. Tout aussi populaires que leurs frères aînés. Les résolutions. Ah les résolutions. Elles sont narcissiques. Purement et strictement narcissiques. C’est un élan d’amour de soi vis à vis de soi. Rien de plus. Bienveillance. Illusion de soi par rapport aux normes ambiantes. Leur sincérité est aussi brève qu’un battement d’ailes. Elles sont incontournables. Acné nombriliste de l’Homme qui ayant réussi à passer le 31 décembre de l’année en cours sans embûche mortelle, se projette un poil différent. Plus performant. Plus sain. Plus mieux. Mieux plus. Le 1er janvier apparaît alors comme la réunion extravagante de tous les possibles. Tout y passe. De l’aménagement du quotidien en passant par des effluves philosophiques et humanistes dans ses agissements du quotidien. Il est même persuadé que son état d’esprit va changer. Un peu. Si c’est sûr, il y arrivera. L’année prochaine peut être. Les contingences de la vie reviennent si vite que les résolutions prennent la porte. Pour certains, elles résistent et restent tapies sous le paillasson. A l’occasion, l’individu moderne, en rentrant chez lui, exténué et repus de fatigue, en frottant ses semelles, s’apercevra avec effroi que les résolutions, fièrement éructées aux alentours du 1er janvier, sont en lambeaux sur le pas de sa porte. Porte de son esprit préoccupé. Le réveillon est déjà loin. Si loin. Non quelques semaines. Guère plus. Elles résistent et s’invitent par moments. Elles sont là, comme des vautours, à l’affût du comportement qui aurait dû être modifié – pour sûr, je vais changer – et attaquent à coups de becs imprévus. Leur agonie est longue surtout dans la tête de ceux à qui vous avez balancé, avec certitude, ces mêmes résolutions.

Sculptures de Didier Vermeiren, Expostion temporaire, Maison rouge, Paris, Août 2012

Sculptures de Didier Vermeiren, Expostion temporaire, Maison rouge, Paris, Août 2012

Les résolutions sont des affreuses pilules d’un bonheur qui n’arrivera pas. Car les résolutions sont les complices de la bienséance contemporaine. Elles sont, en apparence narcissiques. En apparence seulement. Elles sont rarement le miroir de ce que nous avons, réellement, au fond de notre cœur. Arrêter de fumer, maigrir, gagner plus, déménager, se marier. Et j’en passe. Est-ce vraiment ça la résonance de nos envies profondément intimes ? Le bonheur réside-t-il là ? Le bonheur s’enracine-t-il dans ces pacotilles ? Les résolutions seront reines, le jour, où elles seront extravagantes, folles, étonnantes, époustouflantes et mortelles. Oui, mortelles. Toutes les résolutions ou presque sont organiques, physiologiques. Comme si l’Homme était immortel. Foutaise. C’est bien dommage. Elles engendrent une utopie de bonheur. Le bonheur, car les voeux et les résolutions ne sont que de timides métaphores de l’appétit de bonheur que chacun, secrètement, rêve de ressentir, n’existe pas dans une réponse strictement matérialiste. C’est un bonheur de compromission. D’apparat. Un arrangement avec sa mortalité. Le véritable bonheur apparaît quand nous nous mettons en danger par rapport à ce que nous voulons vraiment vivre. Cette intensité de vie est intime. Elle appartient à chacun.

Alors, je ne peux que vous souhaitez et me souhaitez d’être vous même et moi même. Une putain d’ascension. Un Everest intimiste, toit d’un soi impalpable. Je l’avoue. A l’opposé de ce que nous impose le monde dirigeant. Il nous offre le caniveau. Soyez vous même en 2013 et non ce que ce monde dirigeant exige que vous soyez. Nous sommes capables de tant de choses !

Frédéric B.

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