ICE DREAM – Installation vidéo de Daniel Larrieu et Christian Merlhiot – musique originale d’Antoine Herniotte – Compagnie Astrakan


Un homme foule la terre gorgée d’eau. La boue lèche ses semelles. Chuintements discrets. Les pas de l’homme dessinent des meurtrissures éphémères dans ce qui, quelques semaines auparavant, n’était qu’un désert de neige. L’eau sombre s’immisce dans les empreintes du marcheur. Il avance. Progressivement. Il contemple, s’imprègne. La montagne et l’homme se rencontrent. La nature l’accueille. Elle se dénude avec allégresse et se laisse parcourir tant elle ressent la délicatesse de l’homme. Il la caresse de ses yeux admiratifs, sereins presque amoureux. Elle frissonne. Au loin, étrangement, l’étendue de l’océan est placide. Immensité déconcertante. Elle appelle l’homme, l’invite à s’approcher, à effleurer l’onctuosité de son épiderme.  Longuement recouverte de glaces compactes, sa peau est comme juvénile. L’océan respire à nouveau, libéré de sa carapace  de glaçons. Equilibre naturel. Fluidité. Solidité. Telle est la discipline ancestrale dans les latitudes lointaines du Groenland. L’homme sait cette impénétrable alchimie. Il admire. Subjugué, il avance dignement. Il accepte ce privilège. Le secret de l’énigme de l’apesanteur. Une myriade de fantômes de glace flotte. Evanescence de la saison hivernale. Tels des joyaux fragiles, l’océan les exhibe fièrement. La lueur bleutée de leurs coeurs hypnotise. Fascine. Les rend presque inaccessibles. L’homme ressent leur caractère capricieux. Indociles. Et pourtant instables. Ils craquent sous son poids. Ils ruissellent de toute part, se vident de leur substance. L’homme partage cette respiration Presque un râle. La complainte inspire l’homme. Il devient danseur. Son corps condense les battements de ces îlots glacés. Il devient le poumon voulant, absolument, maintenir la vie. Les créatures fascinantes l’accompagnent dans sa bataille. Leur bataille. Elles encouragent les gesticulations souples, délicates, sobres du danseur. Leur danseur. Corps glacés et corps de l’homme ne font qu’un. Enlacés pour un ultime soupir. Presque un cri de détresse. Bientôt, les glaces disparaîtront dans les profondeurs de l’océan. A tout jamais.

Cette installation vidéo, 

de Daniel Larrieu et Christian Merlhiot a été montrée du 26 au 30 novembre 2011 à la galerie Jérôme Poggi, Paris 10e.

Le mouton noir

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