Mort aux dogmes !


Ce titre est un cri. Il déborde de mes lèvres. Elles le régurgitent tant il étouffe mes entrailles. Ce cri, je m’en rends compte, à présent, est une révolte. Une vieille révolte. Coriace et vigoureuse. Indélébile. Née il y a déjà bien longtemps. 35 ans ou plus. Lorsque je n’étais encore qu’un enfant. Jeune. Très jeune. Le langage était encore un pays inconnu. Mon autonomie physique n’était guère courageuse. Les jupes de maman. Le salon que je parcourais, alors, à 4 pattes. Mon cerveau, certes encore vert, était bien plus libre. Libre ? Non. Naturellement en opposition. Observant et assimilant l’univers adulte. Déjà. Je n’étais pas en accord avec ce que je voyais. Sans comprendre la raison de cette discorde. Rebelle ? Déjà ? Non.

Détail d'un dessin de Daniel Boursin, 2007-2009,

Un besoin inextinguible de comprendre. Le sens. Le sens des paroles. Et des actes. Ce qui se cachaient derrière les mots et les actes. Gratter le vernis des phrases et des pensées apparentes pour dénicher ce que je pressentais être détestable. Tant de choses me paraissaient, déjà, anormalement insupportables. La ribambelle de règles. L’école et le pouvoir indiscutable des maîtres. Des adultes. Je voyais bien, pourtant, que les grandes personnes profitaient de leur place. De leur pouvoir. De leur domination physique. Que peut exiger un enfant par rapport à l’autorité d’un adulte, si ce n’est de fermer sa bouche et d’avaler avec résignation les injustices. Injustices parce que l’adulte explique mal. Ou approximativement. Parfois, il n’explique pas. Il se contente d’imposer un point de vue pour dissimuler une bien plus cynique réalité. En guise de récompense, l’enfant est confronté à la vanité de l’adulte. Ignoble vanité. L’ordre moral. Le respect. Les valeurs. Le fonctionnement de la vie. Un enfant ne sait pas. N’a pas la maturité pour comprendre soit disant. Peut être. En revanche, il ressent. L’enfant est même doué pour éprouver les émotions ambiantes. L’adulte a oublié cette extraordinaire faculté de l’enfant. L’adulte est un automate qui reproduit, aveuglément, tant il  n’écoute plus ses ressentis. Tant il ne demande plus « Pourquoi ? » Rien que pour ce dédain – ou cette amnésie – les adultes ne sont pas dignes d’exercer leur pouvoir. Abus de pouvoir. Voilà l’origine de ce putain de cri. Révolte en gestation. Déjà. Sa croissance a singé le développement de mon corps. Chaque centimètre me hissant vers l’adolescence puis l’âge adulte était investi par la révolte. Ma révolte.

Le propos, ici, n’est pas de faire un étalage exhibitionniste de mon existence. Je n’aborderai donc aucun détail croustillant. Le fait est que je n’ai cessé de vivre familialement, scolairement, professionnellement, socialement, amicalement et amoureusement des situations qui m’ont confirmé l’abus de pouvoir. Ne voyez pas dans cette affirmation une once de victimisation de ma part. Je ne suis pas victime. Je n’aime pas ce mot. Il enferme dans une bulle indigne de non responsabilité. Pas de victime sans responsable, me direz-vous. Et si victime et responsable fusionnait ? Seul l’enfant peut être une victime car il est vulnérable face à l’abus de pouvoir et à l’autorité. L’adulte, lui, peut être victime des abus de pouvoir – 2011 est un excellent millésime d’autorités abusives– mais il est responsable de son lâche repli sur soi et de sa puante résignation. L’Homme a inventé des pouvoirs. L’Homme est si fertile en créations de pouvoirs que leur nombre est dithyrambique. Des amas de pouvoirs dictés avec une autorité terrorisante et sanguinaire pendant des siècles. Aujourd’hui , cette autorité est ridicule. Absolument incroyable de conneries. A croire que les instances qui gouvernent la planète assument totalement leur croyance ancestrale : le peuple est une masse débile capable d’accepter les contraintes les plus abjectes . Si j’avais une nostalgie des abus de pouvoirs d’antan, je me souviendrai des débats philosophiques engendrés par les diverses découvertes tant géographiques que scientifiques, culturelles et spirituelles. Mais, je n’éprouve aucune nostalgie.

Enchevêtrement de cadenas, pont de l'Archevéché, Paris 4

Les dogmes restent des dogmes. Ils ont pour volonté absolue de soumettre une masse suffisamment longtemps pour qu’elle se pense naturellement inférieure, incapable et redevable. Les dogmes s’infiltrent dans les consciences par des intraveineuses incessantes d’interdits, de devoirs, de morales, de valeurs. Au bout du compte, les masses culpabilisent. A outrance. Elles culpabilisent de penser et d’agir différemment des dogmes. En conclusion, les dogmes fabriquent des masses de névrosés, aux cerveaux arides. Tétanisées, elles ne savent même plus poser des limites. Des limites à l’extension de l’autorité des dogmes. C’est pire même. Bien plus pernicieux. Au sein même des masses, il n’est pas rare de voir des comportements imitant les pouvoirs des Hommes dogmatiques. En toute normalité. Ils ont bien appris leurs leçons les manants. Sur le bout de leurs doigts. Sans sourciller. Sans crier ni cracher. Un peu timides et rougissants, ils se plaisent presque à creuser leurs tombes de mécréants. Ils sont dépendants. C’est grave. Putain que c’est lamentable. Ah ce cri qui dégouline encore et encore. Ma révolte est inépuisable. A l’image des dogmes qui semblent ne jamais périr.

Eglise de Saint Saturnin les Apt, Luberon, octobre 2011

Religions, royautés, politiques, philosophies, finances, patries, classes, que l’on peut démultiplier à l’infini tant chaque dogme s’organise en sous dogmes. Les masses sont cernées. Et empoisonnées de l’intérieur. Des drogues dures. Les religions – toutes – écrasent. Rois, politiques, syndicats conditionnent, cloisonnent et oppressent – ils n’ont pas peur de tuer pour conserver leurs privilèges – Et la finance. La finance. La continuité la plus démente qu’il soit. La cerise sur le gâteau de la soit disant liberté acquise. Liberté de produire et de consommer. Même le cercueil s’achète. Cher. Excessivement onéreux. Crédits. Taux. Intérêts. Notation. Agence. Cours du pétrole. Investissements/Investisseurs. Actions/Obligations. Marchés. Evaluations. Fonds de placement. Subprimes. AAA. Croissance. Dettes. Déesse finance déteste la poésie. Elle voue une haine absolue envers tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à la vie. Vocabulaire froid. Pratique criminelle. Idéologie toxique. Sa barbarie n’a pas de limite. Elle est vicieuse. Les tranchées boueuses ont été troquées contre des millions de misérables désireux de consommer. Ils supplient ces cardinaux d’un nouveau genre d’avoir le droit d’acheter tous ces biens miraculeux. Pour apaiser le vide. Leurs prières restent vaines. Les instances financières édictent avec conviction les péchés des masses envieuses – Affreux gourmands, les caisses des états sont vides, vous êtes indignes des réjouissances que nous avons bien voulues vous octroyer, vous braillez comme des angelots déplumés – Les impies ainsi bafoués ne lâchent pas, ils insistent – libre accès aux crédits, droit à la consommation, retour du labeur en usine, laissez nous au moins notre toit et le droit de bouffer vos hosties industrielles, ayez pitié de notre vide abyssal, n’y-a-t-il pas écrit dans le psaume 2617 du livre Sainte Finance, Être c’est avoir ? Que nous restent-ils si nous n’avons plus ? De grâce laissez nous le droit de souffrir pour avoir, même un peu – Comme ils se marrent dans leurs résidences somptueuses, les magnats de la finance mondiale ! Leur piège est un carcan, une camisole. Leur idéologie est bien plus efficace que toutes les autres réunies. L’argent et sa poignée de prophètes sont La religion monothéiste. Enfin, il l’ont trouvé ! 6,9 milliards de cons béats devant l’autel de la finance.

Tous les adultes préparent l’enfant à devenir ce manant inculte, dépossédé de sa créativité, de sa curiosité et de sa liberté. C’est pour cela qu’à la question spontanée d’un enfant, qu’il répète sans cesse – avant le passage en caserne scolaire – « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?  » l’adulte sert les dogmes. Ses réponses, quand il y en a, sont le miel amer de leur vide. Le virus de la peur est inoculé. Introduire le poison au plus jeune âge afin que les dogmes ne vacillent pas. Jamais. Les dogmes transmettent l’idée de victime dans le coeur des Hommes. Ils ne veulent pas, certainement pas, que les adultes soient responsables. Que serait l’humanité sans tous ces pouvoirs religieux, politiques et financiers ? Une énergie de vie époustouflante. Impossible à imaginer tant les dogmes assassinent la Vie. Ma révolte est toujours aussi puissante. Je n’ai jamais abandonné. Je crie.

Le mouton noir

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