Belles intentions…de Qualité, certes…Mais, la nausée n’est pas loin…


photo de Mack Magagane, I'll be gone soon, Afrique du Sud, à propos du suicide des jeunes

Le mouton noir ne savait pas. Une biennale de photographie est organisée pour la 3ème fois – soit les deux premières en 2007 et 2009 – dans les jardins du musée du Quai Branly et alentours – Tour Eiffel y compris ! – Le leitmotiv règlementaire est de présenter des artistes non européens – je dirai surtout, pour cette 3ème mouture, non occidentaux – Normal, le Quai Branly est le joyau de la fin d’un règne (enfin on voulait y croire, c’est raté ! ) ; celui d’un J.Chirac, vieillissant et presque humanitaire, curieux et peut être amoureux des autres cultures – les lointaines, les ancestrales, certaines survivent encore,  beaucoup constituent les racines des immigrés d’aujourd’hui  – Donc quoi de plus juste et cohérent que ce lieu – très réussi, esthétiquement parlant – soit l’ambassadeur de dizaines de photographes, effectivement talentueux, identifiables par leurs noms aux sonorités totalement exotiques ! Certains sont exposés sur les quais de Seine, en extérieur – comme il se doit, le brassard « sécurité » enveloppe le bras d’un massif homme noir

Un authentique plaisir. Le choix des organisateurs et autres commissaires – enfin tous ces gens qui sont affublés d’appellations pompeuses et un brin surannées – ont eu un oeil viscéralement aguerri.

Photo de Georgy Pervov, Russie, Figures scenes of totalrealism, sur les habitants de Moscou

Les photos offertes aux yeux du public sont une puissante ouverture sur le monde, sur des existences simples et pourtant étonnantes dans des ailleurs qui pourraient être le coin de la rue, ou l’arrondissement d’à côté. Et finalement, l’ensemble de ces photographies ont une vertu artistique universelle, humaniste. Elles témoignent des complexités de l’humanité ; de ces atrocités surtout. Les artistes semblent vouloir scander, chacun à leur façon, à la gueule des autres « Putain mais jusqu’à quand toutes ces horreurs, intimes ou collectives, régionales ou globales », « Quand allons nous grandir ? Jamais ?  » Personnellement, j’ai pris un plaisir fou à découvrir ces jeunes talents. J’ai surtout été bouleversé. Il émane de certaines thématiques  abordées par ces artistes élus, un profond désespoir, une terrible vérité contextuelle. Des lueurs aussi. L’insupportable dans l’esthétisme abouti. Là est l’obsession de l’artiste ? Je crois. L’artiste est un témoin-philosophe de son époque, de ses contemporains.

Photo de Julian Lineros, Colombie, à propos des entrainements des AUC, Milice extrême droite enrolant des adolescents pauvres

Et paradoxalement, aux abords de ce musée faisant honneur aux patrimoines culturels des 5 continents, ouvrant son environnement à des dizaines d’artistes étrangers, existe un manège nauséeux. Un artiste exposé équivaut à 3 ou 4 vendeurs immigrés de tour Eiffel miniature. Noir ébène ou couleur ambré, ils sont eux aussi d’ailleurs. Ils ont des histoires rocambolesques. Ils vendent des effigies de Paris aux touristes du monde entier. Ils sont là, exclus de cette merveilleuse et enthousiasmante biennale. Chercher au loin ce qui est purulent sur nos quais de Seine est une stratégie bien étrange et pourtant récurrente. L’étranger est tolérable – et encore, nombreux sont les musiciens africains qui obtiennent difficilement un visa pour honorer leurs concerts dans des festivals – quand il s’engage à enorgueillir la France (ou l’Europe), à séduire le bobo féru de culture, autrement il est un paria, source de tous les maux de nos sociétés vieillissantes – avilies ? – Mon regard resté prostré devant certaines photographies a été totalement absorbé, aussi, par le manège de ces vendeurs de pacotille – et certainement mieux ici que dans leurs ailleurs ?

Jeune vendeur de Tour Eiffel, quai de Seine, Paris

Humanité esthétisée et figée face à une Humanité grouillante et bruyante. Que les étudiants étrangers se rassurent quant aux nouvelles restrictions politiques concernant leur accès à l’emploi ; il y a de nombreuses places dans la sécurité, le bâtiment et la garde de mioches blancs. Quant à vendre des tour Eiffel, c’est sûrement moins répréhensible que le trafic de drogues. Tout le monde doit y trouver son compte, acteurs de la culture, immigrés, politiques, et adeptes d’évènements culturels ; un compromis tolérable dans cette distribution des rôles. Scénario interminable de la comédie humaine…

Groupes de vendeurs de Tour Eiffel, quai de Seine, Paris

Photo d'Alejandro Gonzales, Cuba, Conducta Impropia

 

 

 

Le mouton noir

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