La mujer sin piano de Javier Rebollo, un film poignant et esthétique


Un faubourg de Madrid, une artère surchargée de barres d’immeubles, insipides, totalement laides – l’Espagne dans toute son hystérie architecturale – un couple, la cinquantaine, occupe un des appartements fonctionnels. Lui conduit un taxi, elle est spécialiste de l’épilation. Journée et quotidien aussi précis qu’un métronome. L’ennui est susurré mais l’équilibre est là, fragile, la tendresse conjugale subsiste dans leur vie sans éclat. Une nouvelle journée commence. Elle ne sera pas comme les autres. La femme décide d’enlever le tableau qui orne le mur au dessus de leur lit. Une peinture à l’huile, grand format, scène de chasse. Conventionnel. Dans ce geste brusque, on devine la fissure.  Voix de radio, images de télévision, casseroles sur le feu s’entrechoquent. Et le sifflement à son oreille. Crispant. Entêtant. Cacophonie de la banalité. La nuit a enveloppé les immeubles. Les lumières éclairent les fenêtres. Des lucarnes où s’exposent l’intimité des gens. Lui vient de rentrer. Visage contracté de lassitude. La fatigue accumulée creuse les cernes. Il se couche. La femme stoïque, presque de cire reste assise sur le canapé. Commande à la main, elle zappe, des bribes de programmes télévisuels défilent. Illustration de la crétinerie moderne. Parfois désarmante. 23H30, une valise à la main, une perruque sur la tête, elle part dans la nuit. C’est l’histoire de cette nuit que Javier Rebollo filme. Les rencontres surréalistes et terriblement humaines de la femme sont le coeur de ce long métrage.

Les plans sont longs, fixes comme s’ils scrutaient l’âme. Les visages apparaissent dans une lumière tamisée ; pourtant nimbés de la noirceur de la nuit, ils sont illuminés. C’est doux, poignant, triste, drôle, étrange. Les prises de vues sont lyriques. La banalité devient extraordinaire sous l’oeil de Javier Rebollo. Le bruit des talons dans les rues désertes de Madrid resteront gravés. Longtemps. Tout comme son expérience nocturne.
A voir absolument ! La mujer sin piano, le site

Le mouton noir

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