Mariage homosexuel : égalité, normalité ou provocation ?


L’homosexualité est un thème brûlant dans les débats politiques et globalement dans les questions de société. Récurrente. Il n’y a pas si longtemps, 30 ans pour être précis, être homosexuel(le) était interdit et sanctionné par la loi. En France. Pays des droits de l’Homme. Universels.

En 2011, deux scénarios se dessinent. Les défenseurs bornés de la morale judéo-chrétienne se remémorent, avec fanatisme, ce temps  qui fleurait bon les valeurs familiales organisées autour de l’autorité masculine. L’homme, la femme, l’enfant occupaient une place prédéterminée, jumelée à une attitude décente. En apparence. La rigueur pour le mâle, la fragilité pour la femelle, la docilité pour la progéniture. Vision caricaturale et tellement vraie dans les faits. Adeptes de l’homosexualité, amis de la cause et simples partisans du droit à la différence, eux, soutiennent les communautés et individus homosexuels. De près ou de loin. Avec authenticité ou par intérêt. Parce qu’ils sont convaincus qu’être gay ou lesbienne n’est pas une déviance ou parce qu’ils ne veulent pas être estampillés « intolérants« . Peu importe leurs motivations profondes, ils sont amusés, fascinés, concernés, obstinés, éloignés. Leur volonté est que la société bouge et s’adapte aux nouvelles architectures sociales, sexuelles, familiales. Entre nostalgiques et progressistes, un abysse idéologique s’est creusé dans lequel coexiste une ribambelle de points de vue. Chacun défend son bout de gras moral. Démocratie. Liberté d’expression. On aime scander ces mots, comme des porte-étendards d’une société saine et ouverte. La réalité est bien plus décatie. Dérapages linguistiques d’un côté, railleries ridicules de ne pas être gay friendly de l’autre. Entre les deux extrémités, un vide gênant.

Ola Billgren (1940-2001), huile sur toile, Paris, 1973, collection Beaubourg

On peut croire que l’homosexualité est une sorte de dérangement psychique provoqué par des malformations éducatives et tolérer sans animosité les homosexuels. On peut avoir un regard amusé sur le milieu homosexuel, tisser des amitiés avec des homosexuels (qui ne sont pas que cela, dieu soit loué !) et être bouleversé par le coming out de son enfant, on peut être indifférent à l’existence de l’homosexualité et s’amuser de blagues humiliantes sur les homosexuels (sans même s’en rendre compte), on peut être homosexuel et ne pas le revendiquer, on peut être homosexuel et avoir des opinions belliqueuses sur le monde hétérosexuel etc… La liste est interminable. Tant mieux. La subsistance et l’abondance d’opinions sont la caution d’une nation qui n’a pas encore basculé dans la dictature. Toutefois, la référence à une normalité est le point de départ du rejet des homos ou de la plaidoirie de leurs droits à exister. Normalité.

Normalité. Notion sans cesse évoquée. Un je vous salue Marie sécurisant. Elle agit comme un drone scrutant les comportements. Elle est la synthèse des valeurs choisies et véhiculées par un pays, une culture.  Valeurs issues de dogmes moraux et ancestraux. Elle est le socle des lois et des réglementations qui structure les relations entre les institutions, les institutions et les citoyens, entre les citoyens. Jusque dans l’intimité. Autorité des normes. Elle a des pouvoirs énigmatiques de sorcellerie. Normaux. Anormaux. Scission chirurgicale des normes. A coups d’interdictions, de menaces et surtout de culpabilité. Bonne et vieille recette de curés en soutane. Fais gaffe le purgatoire t’attend. Satan, c’est du lourd. L’épée de Damoclès c’est du pain béni par rapport à ton séjour en Enfer. Whaaa ! Autant être normal alors ?

Peter Saul (1934-), Bewtiful & Stowg, 1971, collection Beaubourg

L’existence de l’Enfer (tout comme du Paradis) n’étant pas scientifiquement prouvée, revenons en France, campés nos deux pieds sur Terre. Des normes agissent comme un périmètre de sécurité, c’est plutôt rassurant. Autrement cela serait, malheureusement, un bordel sans nom. Il y a 30 ans, être homosexuel était légalement anormal. Aujourd’hui,  être homosexuel ou faire parti des communautés LGTB (Lesbienne, Gay, Transsexuel et Bisexuel, tout le monde dans le même panier, c’est curieux…) est légalement normal. Résultat de combats menés par des militants. Courageux. Déterminés. Coriaces. Des discriminations subsistent. On ne s’extirpe pas des références normatives avec facilité. Toutefois, les homos existent à tous les niveaux de la société. Travaillent. Ne se cachent plus. Ou moins. Leurs lieux de fêtes sont enviés. Leur extravagance séduit, attendrit. Leurs goûts vestimentaires ont conquis les penderies des hommes les plus machos. L’attention narcissique qu’ils ont pour leur corps a décomplexé de nombreux hétéros. Ils sont convoités par des marques de luxe car leur pouvoir d’achat est alléchant. Les parias d’hier ont en quelques 3 décennies modifiées les normes. Assouplissement des rôles masculin/féminin.

Et surtout, gays et lesbiennes ont imposé leur besoin d’égalité. Egaux par rapport aux hétérosexuels. Être des citoyens comme les autres. Bénéficier des mêmes droits. Ne plus être exclus d’un système normatif. Avènement en 1999 avec la création du PACS (PActe Civil de Solidarité.) Le gouvernement Jospin a proclamé la reconnaissance légale du couple homosexuel. La relation amoureuse entre personnes de même sexe était enfin acceptée comme une véritable relation. Amour. Gloire. Beauté. Sans enfant. Une protection en cas de décès du conjoint. Réduction d’impôts comme tous les couples. Respiration. Bonheur. Belle égalité. Sincèrement.

Autel de l'église de Bugarach, Aude

Pourquoi réclamer le droit au mariage ? Le mariage est une institution hétérosexuelle, religieuse. Fusion de deux noms de famille dans le but de fonder une famille. Le mariage évoque les temps anciens, des modèles qui ne ressemblent pas à l’homosexualité. Aux communautés homosexuelles. Pourquoi revendiquer un droit au mariage quand des générations entières d’hétérosexuels se sont battues pour vivre librement, sans le poids moral du mariage ? Besoin pressant de normalité ? Faire comme si on n’était pas homosexuel ? Croire que tous les membres de la société française aduleront les homosexuels parce qu’eux aussi seront concernés par le même cérémonial dans l’union ? Et son pendant procédural, le divorce ? Le mariage ne fait pas partie de l’égalité.  Cette prétention au mariage ne trouve sa réelle justification que dans une demande de normalisation de l’homosexualité.
Je suis homosexuel et je ne me retrouve pas dans ce combat. Je le pense presque ridicule. C’est une provocation envers tous les individus qui voient en l’homosexualité une grave pathologie mentale (voire pour les plus virulents, un amalgame dangereux avec la pédophilie.) Des exemples de paroles débordantes de haine sont nombreux depuis des semaines. Attaquer la sacro-sainte institution du mariage, ce symbole religieux, familial le plus codifié par la morale est désabusant ou nocif. Selon que l’on a soif de normalisation ou soif de provocation. Les deux sont stériles car elles n’ont pas de sens.

Le mouton noir

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