Anish Kapoor, démesure et expérience intra utérine – Monumenta 2011


Monumenta est un rendez-vous artistique que j’attends avec impatience. La nef du Grand Palais est underground presque nue, verre et fer s’amalgament. La lumière y joue un rôle puissant. Le sol est en ciment. C’est brut, les oeuvres y existent avec force, y imprègnent leur nature, leur identité. Le lieu et l’oeuvre sont en communion. La nef s’adapte, accueille. Avec subtilité et dignité, elle soumet l’artiste à ses contraintes physiques. Un véritable défi pour un artiste. Cette année encore le résultat est époustouflant.
Anish Kapoor, artiste indien, habitué à la démesure, à torturer les sens a réussi son pari. L’expérience est bouleversante quasiment choquante.

Vous entrez dans l’oeuvre par une porte tournante (celle qui caractérise les grands hôtels ou plus communément celle de certains supermarchés). Ici, elle est plus exigue. Elle happe les visiteurs, un à un. Elle déguste, mécaniquement. Le visiteur ne sait pas où il va atterrir. Pas le temps de se poser la question.

  1. Anish Kapoor, Monumenta 2011

    La porte vous lâche dans un univers rose sanguinolent. Immensité et étouffement. Le visiteur semble avoir la taille d’un spermatozoïde dans cette matrice. De la bâche très épaisse. Trois énormes orifices entourent le visiteur. Ils sont bien trop hauts pour y entrer. L’envie de se laisser aspirer est lancinante. La lumière du soleil transperce de toute part. Luminosité et pourtant tout est tamisé. Les bruits, les mouvements, les formes. On se sent à l’aise, rassuré.

    Anish Kapoor, Monumenta 2011

Guère longtemps. Etourdissements, fascinations. Quelque chose dérange.

Impression d’être dans un utérus, immense, attirant, écoeurant. Un ventre rond que l’on a envie de quitter. Libre. Vite être libre, retrouver une autonomie des sens.

Sortir de la matrice pour enfin voir, scruter, observer ce qui nous a ainsi absorbé. Une forme épurée couleur chocolat.

Anish Kapoor, Monumenta 2011

Etonnante grâce des courbes. Démesure de la matrice. Elle se laisse toucher, sentir, entendre, c’est une peau, une véritable peau que les doigts caressent. Elle vibre, gargouille. Si l’on colle l’oreille délicatement contre elle, elle chuchote, murmure. Elle nous parle de mystères, de complexes équations. Elle connaît des secrets que le visiteur a oublié. C’était il y a tellement longtemps. Elle est belle, sensuelle. Elle joue avec les architectures de la Nef.

Anish Kapoor, Monumenta 2011

Impossible de la voir dans sa totalité. Elle est trop étirée, trop pudique. Elle se laisse apprivoisée mais elle maîtrise son corps terriblement opulent, tellement pur. Souffle coupé, oeil écarquillé. Sensation de vivre un moment intense, unique. Anish Kapoor sans aucun doute, un Grand, très grand artiste.


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