Des journalistes respirent dans leurs articles : Frédéric Bobin et Nancy Huston


Ce matin, 31 mai, je me lève tôt après une nuit de sommeil plus que tourmentée (la faute à Wagner peut être.) Le café fume devant mon nez. C’est de l’éthiopien, léger et parfumé. Ses effluves et son goût me colportent dans un nouveau jour avec tendresse. Ce n’est pas gagné. Tête lourde. François Barouin est l’invité de France Inter. Sur la question de la baisse des effectifs de fonctionnaires. Enfin, je crois. Un peu sur Tron aussi. Un journaliste ça fouine ; le truculent, l’obscène ça l’excite. Le scandale fait de l’audience mais n’a rien d’exaltant. Je perçois une angoisse. La voix de la radio est emmerdée. Pas de Barouin. J’imagine, sourire en coin et oeil brillant légèrement sadique, un siège vide, un micro esseulé et le journaleux penaud. Un politique qui envoie au diable France Inter. Orgasme. Presque. Barouin interviendra au téléphone. « Une panne de réveil M’sieur Barouin« . L’intéressé ricane avec dédain « Non, des affaires urgentes à traiter m’ont contraint à ne pas me déplacer« . Fort de café.

Je n’écoute pas leurs voix et surtout pas leurs mots. Questions, réponses sont convenues, outrageusement bidons, consensuelles. Gorgées de café, cigarette. Un clic hasardeux sur mon ordinateur fait apparaître un article. Une tranche de vie entre le Pakistan et l’Inde, ennemis de toujours. Une frontière, un journaliste/correspondant et son article. La plume du journaliste est saisissante, belle, singulière. Frédéric Bobin (c’est son nom) me transporte. Je suis au milieu des soldats pakistanais. Ils font face aux soldats indiens. La frontière est poussiéreuse, déserte (en dehors des soldats.) Et pourtant, tous les soirs un rituel carnavalesque anime ce coin de terre qui n’intéresse pas grand monde. Je souris et lis avec avidité. Un plaisir intense. Frédéric Bobin maîtrise son sujet. Il m’émeut. Il ose faire transparaître les émotions qu’il a ressenti devant ce spectacle étrange. Elles animent son article, lui donne une énergie qui devient rare. Il s’implique, prend part, existe – A Wagah, le drôle de front – Et ça me fait du bien de voir que cela existe, encore. Longtemps ?
Je fais le lien avec un court billet paru dans Le Monde (Dimanche 29- Lundi 30 mai 2011). En dernière page du quotidien, Nancy Huston, journaliste, écrit son dernier article, ultime avant d’aller vivre des aventures qui lui conviennent mieux –  Le chemin du merci  Ses pensées sont incisives, brutes, sincères. Ses choix ouvertement motivés. Le journalisme ne l’intéresse plus. Il semble éloigné de ses valeurs humaines et bienveillantes.

Le mouton noir


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