Duel de vieux boucs à l’Opéra Bastille


Les opéras ne sont pas des spectacles totalement populaires. Une certaine expérience de la musique classique est conseillée. Surtout quand il s’agit de Wagner. Torturés, morbides, relativement hermétiques, les opéras du compositeur allemand ne vous tendent pas les bras avec empathie. L’auditeur néophyte lutte, persévère pour ne pas sombrer dans un ennui déprimant. Tragique. Tout est tragédie sans aucune alternative.

Hier soir, donc, la générale de Crépuscule des Dieux est présentée à un public d’abonnés, d’aficionados, de journalistes, de curieux et d’opportunistes chanceux (ou pas). 18h le spectacle commence. Durée 5H20, deux entractes. On se dit que la soirée va être longue, très longue. 5h20 dans un opéra c’est indécent. Le mouton noir bat la mesure avec ses pieds, discrètement. Il gigote sur son siège. Plusieurs fois, il tente de se laisser envahir par les voix des chanteurs. Leurs déclamations sont trop sombres. L’orchestre est bon. Mais Wagner…La mise en scène n’est pas géniale. Et les décors…un semblant de kermesse de fin d’année scolaire me glisse mon voisin. Sourires.

Soulagement le 1er acte est fini. Et là un pugilat. Violent. Parmi les applaudissements vigoureux, une voix forte s’élève, brave les claquements de mains. « Scandale, scandale« . « C’est un scandale…ouh ouh ouh » hurle l’homme. Pourtant bien apprêté le monsieur, genre cadre dirigeant, bedonnant mais sans excès. Soixantaine bien assise, sûr de lui. Impossible de l’arrêter. Il crie, se lève, se rassoit. La tension est palpable. Ah putain si le metteur en scène était devant ses lèvres crispées, il prendrait un poing dans sa gueule d’usurpateur.
« Vous n’avez pas le droit. Taisez vous » vocifère un homme, plus petit, même âge. Ses cheveux blancs sont immaculés, ils font ressortir son visage rouge. Rouge de colère. Vont-ils se battre les deux boucs ? Et l’homme à la tignasse blanche de surenchérir. « Taisez vous, fermez là. Vous n’avez pas le droit. Laissez moi rêver. Je viens ici pour rêver. Ne nous emmerdez pas. Vous ne payez même pas votre place et vous critiquez. Sale bourge« 

Oh merde la lutte des classes en plein Opéra Bastille. Pourtant à les regarder, l’un à côté de l’autre si ce n’est leur taille, on aurait pu se dire qu’ils étaient des potes de la même origine sociale…Ils ne s’écoutent pas et crient. Quelle haine ! Quelle colère ! Wagner et son crépuscule ne sont pas les seuls responsables. Y a de la testostérone dans ce duel. Un vieux compte à régler. Flamboyante fin de 1er acte. Vérification faite, dès le début du 2ème acte, les deux hommes indignés ne sont plus à la même place. La tentative de révolution est évacuée.

Pendant ce temps là, la place de la Bastille est envahie de CRS. Ils attentent les jeunes indignés de la veille. Ils ne viendront pas.

Le mouton noir

Publicités

Une réflexion sur “Duel de vieux boucs à l’Opéra Bastille

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s