Burn out scolaire, le mammouth se meurt


L’éducation nationale est en soins palliatifs. Un virus tenace détraque le système. Un virus terrible pour lequel, malheureusement, à ce jour, aucun vaccin n’ a été découvert : l’immobilisme. Des décennies de réformes structurelles qui ne se sont pas faites, des tentatives qui n’aboutissent qu’à des blocages butés, engendrent des frustrations de toute part. Galopantes. Les ministres s’en retournent dans leur ministère, la queue entre les jambes après des semaines de batailles rangées.  Les professeurs enragés, épuisés remontent sur l’estrade, l’esprit échauffé d’avoir écrasé le pouvoir en place. Les élèves, mi figue, mi raisin font racler leur chaise devant leur table. Le vague sourire que l’on perçoit sur leurs lèvres juvéniles rappellent qu’une grève aura été, pour eux, l’occasion de vivre des moments intenses de défilés, de rires, de cris, de vacances prolongées, de rencontres, d’émancipation. C’est peut être les seuls privilégiés dans l’histoire. Privilège fugace bien sûr. Vite, rattraper le temps perdu. Les programmes ne seront jamais bouclés. Quant aux parents, ils ont jonglé et ronchonné, ils ont soutenu et revendiqué. Eux aussi, ils sont épuisés de voir leurs gamins partir tous les matins dans la bouche d’un système bâtard qui a depuis bien longtemps délaissé ses principes de bases : laïcité, égalité, chance pour tous.

Mur rouge dans une ruelle, Paris 10

Combien se sont cassé les dents, ont démissionné ? A tous les niveaux. Ministres. Profs. Elèves. Parents. Beaucoup de démissionnaires. On ne les compte plus et on s’en fout. Le cercueil attend déjà le cadavre de l’éducation nationale. Pourquoi les protagonistes n’arrivent-ils pas à se parler, autour d’une table ? Merde, l’éducation est un des piliers fondateurs d’une République. Il représente l’avenir. Les générations futures. L’ouverture sur le monde. Cela devrait être obligatoire de parler, de négocier, de chercher, d’essayer, de bouger, de réfléchir, et surtout d’innover. Rejet absolu de l’inertie.

Comment un système peut-il être aussi asphyxié, aussi méfiant vis à vis du changement alors qu’il prend en charge des enfants, des adolescents ? Des gamins débordants d’énergie, bouillonnants d’émotions, aptes à apprendre ? Faudrait il encore qu’ils aient face à eux des adultes qui les stimulent, leurs proposent des clés, sachent les prendre dans leur singularité ! Nous faisons certes, tous partis d’une génération mais la génération à laquelle nous appartenons par un simple hasard d’année de naissance, n’en fait pas pour autant la totalité de notre personnalité. Dommage, le système est à présent grabataire. Quatrième âge pour les personnes âgées. Et que se passe-t-il ? Rien. Calme plat. Des petits bouts de réformes qui ne veulent plus rien dire, subsistent. Cela s’appelle non assistance à personne en danger. Quelle ingratitude par rapport à la jeunesse !

Vestige d'une porte cochère derrière des barres d'immeubles insipides, Paris 4

Bilan : fonctionnaires de l’éducation nationale déprimés et démotivés, élèves malmenés, disparités socioéducatives honteuses, budgets en berne, régime sec et économies à tout prix. En prime, de la violence pour tout le monde. Absentéisme. Echec. Voilà où mène le rejet massif et systématique de la réforme. Le politique, seul, ne peut pas réformer. Les professionnels de terrain, seuls, ne peuvent pas réformer non plus. Ils n’ont pas le recul nécessaire ; ils ne peuvent faire preuve d’objectivité. Alors ? Résultat : réduction d’effectifs. Au moins là, y a pas à négocier, c’est une question de chiffres et d’équations, en temps de crise c’est incontournable.

Et des pistes, il y en a pléthore. Je tiens à rappeler un principe de base. Un fonctionnaire est un agent embauché par l’Etat ou une collectivité. A ce titre, il est garant d’un service public optimal. Et, la qualité n’est pas la seule conséquence des moyens que le politique met à sa disposition. Elle est aussi et avant tout la dose d’engagement que le fonctionnaire distille dans sa mission. Cet engagement a aussi un besoin de reconnaissance par son employeur. Le divorce consommé vient il de là ? Bah ce n’est pas une hérésie que de relever la faiblesse de la gestion des ressources humaines dans la fonction publique. Entre mille feuilles de hiérarchies, cloisonnements administratifs, système de notation annuel et grille de salaire, le mammouth est un animal-système kafkaïen. Dur dur de motiver les plus vaillants !

Alors donc ces pistes ? Pas révolutionnaires. Elles ont été suggérées régulièrement. Réformer le temps de vacances trop long induisant des emplois du temps inadaptés. Remettre en cause le système de notation des élèves qui ne valorisent pas mais enfoncent. Stopper la primauté des matières scientifiques et valoriser tout le reste. Cesser le dédain des cursus techniques. Valoriser les salaires des professeurs, leur mission est essentielle pour l’avenir de la France. Mais, en contre partie, quelques obligations. Les jeunes recrues sans expérience dans les zones sensibles est d’une démagogie absolue. Les bons profs, plein de bouteilles ne devraient pas mettre leurs savoir faire au seul profit des quartiers privilégiés. Tous les 5 ans, un changement d’établissement. Pour dynamiser, stopper l’encroutement, les habitudes. C’est pas bon pour les élèves des profs qui font partis des meubles. Un petit temps partiel obligatoire en dehors de l’enceinte de l’établissement. Une activité différente, à l’appréciation de chaque fonctionnaire. Pour voir d’autres réalités (notamment celles où iront leurs élèves plus tard), respirer, se confronter à d’autres énergies, d’autres fonctionnements. De la nourriture émotionnelle, intellectuelle pour alimenter leurs cours. L’éducation nationale est une entité bien trop repliée sur elle même. Elle manque d’envergure.

La jeunesse est trop précieuse pour qu’elle soit confiée à des adultes proche du burn out, qui râlent et ne trouvent plus de sens à leur métier, à leur rôle de passeur. La jeunesse n’est pas responsable du burn out, offrons lui l’envie d’être curieuse.

Le mouton noir

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