Sur la route, tous schizophrènes !


La sécurité routière est un sujet sensible ; c’est même un pléonasme dans une société obsédée par le principe de précaution. Arborant les étendards menaçants mais non moins efficaces du drame et de la sanction, les pouvoirs publics et leurs sbires geignards, à savoir les diverses associations de défenses des victimes sont d’un manichéisme exacerbé aussi dangereux que celui identifiable chez Les Chiennes de Garde. (Soit dit en passant tous ces individus ayant vécu des traumatismes dont on ne remet en aucun cas en cause leur véracité, cessent leurs engagements extrêmes qui n’ont qu’une stricte fonction cathartique. Avec eux, le monde est d’une construction simpliste et naïve : les bourreaux et les victimes, statuts non interchangeables. Grave. Très grave. La légalisation de la peine de mort pourrait-elle calmer leur aigreur, leur haine ? Peut être ? Non, la souffrance initiale n’étant pas soignée, rien à faire, le bourreau même mort par injection létale, n’apaisera pas ce que l’on refuse d’apaiser.) Bon revenons à nos moutons, oserai-je dire.

Donc, quand la volonté politique est de faire croire que l’inacceptable doit rester inacceptable (sinon quel sens aurait toutes les guerres quelles qu’elles soient), il est nécessaire d’axer la prévention sur la punition et la culpabilité compassionnelle. Vies brisées, corps mutilés, souffrances purulentes. Violences routières. Sang. Tôles défoncées. Corps sous un drap. Sectionné, le deux roues. Vitesse. Irresponsabilités. Incivilités. Justement, à vouloir trop parler de victimes et de bourreaux, on oublie trop aisément que dans une vie, une victime malheureuse peut se muer en vilain bourreau, qu’un ignoble bourreau peut prendre l’habit de la pauvre victime. Intéressant. Etre, en nous, les deux entités. Le bourreau main dans la main avec la victime. Non, pas possible. Si si bien évidemment.

ZOOM. Paris, capitale, millions d’habitants, rues, avenues, boulevards. Saturée. Polluée. Bruyante. Voitures. Camionnettes. Camions. Police. Bus. Scooters. Pompiers. Motos puissantes. Taxis. Vélos. Vélib. Trottinettes. Ambulances. Tramway. Poussettes. Piétons. Déplacements. Obligatoires. Professionnels. Futiles. Flâneurs. Peu importe, le dessein qui pousse tout un chacun à se déplacer. L’Homme est un nomade. Il bouge. Et dans ce 21e siècle d’ascension démographique délirante, bah ça coince. Dur. C’est une cacophonie et d’une symphonie insupportables. Oreilles malades. Klaxons insistants. Insultes. C’est pas ma faute. T’es qu’un sale connard. Et tu peux pas traverser ailleurs. Enculé va. Bras d’honneurs. Personne ne se supporte. Chacun dans la croyance de son bon droit de propriété. Quelle usurpation ! La rue, elle est à tout le monde, pour tout le monde. Se déplacer ensemble, en harmonie. Une utopie. Pourtant, si le motard ne poussait pas sa machine à des vitesses de 24h du Mans, si l’automobiliste n’oubliait pas qu’il est un peu aveugle et n’a pas tout pouvoir (la taille de la voiture y est pour quelque chose, pour sûr), si le cycliste ne s’estimait pas abstinent de tout code de la route, si le piéton ne se pavanait pas comme en plein champs etc.Peut être y aurait-il moins de bourreaux et de victimes ? Plus de responsables ? Dans la rue, c’est toujours l’autre qui a tort. Ouais, un vrai ring de boxe, comme si l’honneur était en jeu ! Un tel enjeu pour des déplacements. Un truc de ouf. Pire, nous sommes en plein délire schizophrénique. Le piéton est parfois automobiliste qui peut être motocycliste qui peut lui même être cycliste et inversement. Amnésie totale !

Le mouton noir

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