Le low cost et son ivresse de paupérisation, la ciguë de l’Homme-consommateur


Votre parfum sur mes mains, 2010 - 2011, Krishnaraj Chonat, Beaubourg, Expo "Paris Delhi Bombay"

« Consommation, consommation, consommation, consomma, conso, con, sommation, con, sommation…« . Répétition à l’infini jusqu’à l’a nausée. Overdose de biens de consommation. Posséder, accumuler puis crouler sous des centaines de biens de consommation.  Jeter pour se débarrasser, consommer à nouveau pour posséder. Possession de l’être par le bien de consommation. Poubelles, décharges dégorgent de morceaux de biens de consommation. Cadavres disloqués. Métaux, plastique, tissu. Des montagnes multicolores tel l’humus gigantesque d’une civilisation sommer d’être conne, sommée d’être jetable. Epuisement. Fin.

Imbécile ! Et la croissance alors ? T’en fais quoi de la croissance ? Consommation en berne, pas de croissance. Pas de croissance, un chômage au top du top. Des milliers de « sans le sou » privés des biens de consommation les plus élémentaires. C’est pas drôle, non, vraiment pas de quoi être cynique. Et puis, tout le monde à le droit de manger à sa faim, de se détendre à sa guise, de jouir des avancées technologiques, merde ! Bah ouais, t’as raison, sacré aboutissement quand tu peux te payer des petits plaisirs. Occupations efficaces et pragmatiques que d’acheter. Impressions éphémères d’avoir une certaine consistance, tu sais, un genre d’enveloppe sociale, une identité visuelle bien à toi, même si tout le monde consomme un peu la même chose. Bah, comme on dit « chacun voit midi à sa porte« .

Le talon d’Achille dans cette histoire est le pouvoir d’achat des ménages, un peu le Lucifer des comptes en banque. Là, ça coince ! Le salaire médian du français atteint la somme astronomique de 1580€ (source 2010) Clinquant ! Carrément bling-bling, le montant ! A ce stade, une merveilleuse solution est née il y une quinzaine d’anneés : le LOW COST. L’équation que nos  compassionnels agents du monde économique avait à élucider était approximativement la suivante : prix très bas + augmentation constante de la consommation = sacrée inflation de nos bénéfices et de nos actions accompagnée de l’extase des smicards qui pourront ainsi avoir accès à des trucs de gens aisés. Avion, voyage, vêtement, bagnole, viande, confiture, fromage, vaisselle, électroménager, partenaire amoureux (euh pas encore je crois quoique…) enfin tout ce qui constitue les balises d’une existence repue d’un occidental accompli.

Nuée d'étourneaux massée sur un toit, Paris 12

Et le bovidé d’applaudir. Acclamation et liesse de joie. Quelle chance de partir à Nice pour 60€ aller/retour ! Quel aubaine ce costume à 50€ ! Regarde, mais regarde donc 3 kilos de morceaux de boeuf pour 8€ ! Et une mutuelle à partir de 5, 45€/mois et mate le coiffeur à 15€. J’arrête. J’en ai assez d’énumérer cette liste effroyable écrite par des maisons mères et leurs multi filiales. Exit la qualité. Bienvenue rationalisation à tout prix. Rationalisation à l’appétit féroce ; elle est gourmande la garce. En 10 ans, elle a bouffé des tonnes d’entreprises, des milliers de classes moyennes, des millions d’euros de salaires, des années de savoir faire et de savoir être. Le pire est qu’elle a rallié à sa cause gastronomique ses propres victimes. Assoiffées par un besoin de dépenses et contraint par des revenus aussi stagnants que l’eau du lac, elles se sont laissées berner. Couillonnées jusqu’à l’os. En orientant le regard fiévreux du bovidé sur ses produits low cost, elle s’est bien marrée, la rationalisation, a fracassé à coup de serpe les salaires. Soit en les déracinant pour les replanter dans des pays à très bas coût de fabrication. Soit en les précarisant au maximum. Le flux tendu, qu’on appelle.

Voilà comment nous en sommes arrivés à une absurdité des plus gerbantes, croire que plus rien n’a un prix décent, y compris la force de travail inhérente à chaque bien de consommation et de service. S’imaginer béatement que les bas prix n’impacteraient pas, un jour, nos propres revenus d’activité est d’une bêtise navrante. Si tout est quasiment moins cher c’est que des économies sont faites quelque part. C’est une certitude qu’elles se réalisent sur le coût du travail (salaires et conditions de travail) et une ingratitude envers la qualité globale. Pas sur les bénéfices. Système bien huilé puisque 15 ans après, le quidam n’a pas le choix, il doit consommer pas cher s’il veut vivre correctement.

Arrêtons nos frénésie d’achats au prix le plus bas. Arrêtons de ne consommer qu’à coups de réduction faramineuse. Arrêtons de nier des valeurs essentielles qui, même dans l’acte de consommer, ne devrait pas être bafouées : les valeurs humaines. Arrêtons cet individualisme aveugle qui nous endort au point que nous ne nous rendons même pas compte de notre attitude cannibale. Revendiquons la reconnaissance de la valeur travail dans ce qu’elle a de plus noble. Concentrons nous sur le montant des salaires. Besoin pressant de compétences reconnues et assumées.

Le low cost c’est comme une chataîgne trop vieille. Les bogues sont vides ; le low cost est le symbole de l’appauvrissement.

Toujours pas de low cost pour les logements et les énergies…

Le mouton noir

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