La base sous-marine de Bordeaux, un fabuleux lieu d’exposition…


…et plutôt atypique. Un énorme bloc de ciment pas loin de la Garonne, construit durant la seconde guerre mondiale. Une base pour accueillir des sous-marins allemands. Pas très glamour, en apparence, et le recyclage de ce lieu est d’une réussite architecturale et artistique vraiment bouleversante. C’est un lieu incontournable, semble-t-il dédié à la photographie et à la vidéo.

L’exposition actuelle jusqu’au 22 septembre 2019 est un passage obligé pour toute personne visitant la région. « Rivages » de Harry Gruyaert est déroutant dans la plastique et dans des mises en scène photographiques proches de l’ambiance d’Edward Hopper. Une approche visuelle très singulière des bords de mer du monde entier. Sur plusieurs décennies. Et « Vertigo sea » de John Akomfrah, une performance filmique de 45 minutes sur 3 écrans géants qui interpelle, interroge, provoque et destabilise sur le lien immense et indélébile entre l’Homme et les Mers.

Tout cela dans l’obscurité de la base sous-marine. Une expérience absolument bouleversante. Vraiment un des musées les plus étonnants à vivre.

Fred BA

 

 

Le poète et le chanteur, extrait de « Dieu n’habite pas la Havane » de Yasmina Khadra


Quelle subtile réflexion sur ce qu’est un poète et ce qu’est un chanteur dans leur irremplaçable place dans l’équilibre du monde !

Manvel B. Harvas (vieux poète) à son auditoire, suite à une question acerbe, un brin agressive du narrateur, Juan del Monte Jonava dit « Don Fuego » (vieux chanteur de rumba) :

MC et le verre juin 2019 Bègles Fred BA

« Il s’agit d’une même thérapie sauf que le protocole de la poésie est différent de celui de la musique. Le poète nous inspire, la chanteur nous respire. Le poète nous éclaire, le musicien nous enflamme. C’est dans cette nuance que réside la singularité de celui qui dit et de celui qui chante. C’est une question d’ouïe, plus précisément du réglage de l’ouïe, du dosage de la concentration. On ne prête pas la même attention à un récital de poésie qu’à un concert de musique. On n’est pas là pour la même raison, même si dans les deux cas de figure, le but est le même : rechercher l’évasion. Le rapport à la poésie est plus intime. On est dans la quête tranquille de soi. Avec la musique, on adhère aux autres, on est dans l’élan et non dans la retenue, dans le don de soi et non dans sa quête. Les gens ne vont pas au concert chercher des vérités mais pour rompre avec elles. Ils réclament des paroles qui donnent envie de jeter au diable la réserve, de se soûler jusqu’à prendre une mouche pour un oiseau paradisiaque, de se foutre à poil en criant haut et fort ; au diable les carrières et les révolutions. Avec la poésie, on réintègre son élément, on s’interroge sur le sens de la vie, on est rendu à la réalité du monde, on tente d’élucider certains mystères de cette même réalité, de percer la complexité des êtres et des choses… »

Dieu n’habite pas La Havane, de Yasmina Khadra

Extrait de « Dieu n’habite pas la Havane » de Yasmina Khadra


Ecchymoses Fred BA Bègles juin 2019

« Casa Blanca (un quartier de la Havane), ce sont des façades lézardées ayant oublié depuis des lustres la brûlure revigorante de la chaux ; des écrans floutés en guise d’horizons ; des chaussées balafrées qui crissent sous les savates sans mener où que ce soit ; des portes ouvertes sur la misère intérieure que de vieux meubles d’occasions racontent dans une langue immémoriale, car, à Cuba, les vieilleries compensent ce que l’on n’est pas près de s’offrir ; des supérettes aux étagères presque vides ; des vieillards rivés sur leurs chaises geignardes ; des filles qui se prostituent pour tuer le temps en proposant des passes moins chères que les préservatifs ; des jeunes pétris de talent à qui il suffit de donner un tambour pour qu’ils improvisent une fête, un pinceau pour reproduire des tableaux de maître sur des toiles de fortune, une barre fixe pour exécuter des acrobaties à couper le souffle, et qui se moquent de tout en riant aux éclats pour se croire heureux. »

Dieu n’habite pas la Havane, de Yasmina Khadra

Et de se poser des questions en lisant ce passage puissant poignant triste typique de tant de générations de cubains, sur l’insoutenable embargo instauré par ce pays d’Amérique, Les États Unisqui sous prétexte de se protéger d’un danger fait sombrer des peuples entiers dans l’insondable misère du vide. Enfermés sur leur île avec leur dictateur et voilà, fermons les yeux. L’envers du décor du rêve américain de merde !

Extrait n°2 de « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra


Ombres d’intérieur, et tête de lit FredBA Juin 2019

Honneur à cet immense auteur qu’est Yasmina Khadra, que je découvre enfin malgré avoir flirté l’idée de le lire depuis des années et puis il a fallu que je me rende à La Réunion, et c’est au fin fond du globe, sur les terres lointaines de l’océan indien que je l’ai rencontrée, cette époustouflante plume par l’entremise d’une logeuse qui m’a prêté plusieurs livres pour occuper les journées de mon long séjour ; parmi eux, se trouvait « Les sirènes de Bagdad », que j’ai profondément aimé, qui m’a troublé éternellement. M’a subjugué de tant de justesse.

Depuis, rentré en métropole, je poursuis la découverte de cet auteur qui sait, tout en restant poétique, aborder les questions collectives qui gênent à travers des personnages aussi tortueux et contradictoires que les évènements historiques dont ils sont les protagonistes.

Ici, je me permet de relever quelques passages de « Ce que le jour doit à la nuit » qui se déroule en Algérie des années 30 jusqu’à son indépendance. Magistral.

L’oncle Mahi à son neveu Younès, ses dernières paroles sur son lit avant de mourir :

« Si tu veux faire de ta vie un maillon d’éternité et rester lucide jusque dans le cœur du délire, aime… Aime de toutes tes forces, aime comme si tu ne savais rien faire d’autres, aime à rendre jaloux les princes et les dieux… Car c’est en l’amour que toute laideur se découvre une beauté. »

Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra.

 

Extraits n°1 de « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra


Fusion d’un coquelicot et d’un bourdon FredBA juin 2019 Bègles

Honneur à cet immense auteur qu’est Yasmina Khadra, que je découvre enfin malgré avoir flirté l’idée de le lire depuis des années et puis il a fallu que je me rende à La Réunion, et c’est au fin fond du globe, sur les terres lointaines de l’océan indien que je l’ai rencontrée, cette époustouflante plume par l’entremise d’une logeuse qui m’a prêté plusieurs livres pour occuper les journées de mon long séjour ; parmi eux, se trouvait « Les sirènes de Bagdad », que j’ai profondément aimé, qui m’a troublé éternellement. M’a subjugué de tant de justesse.

Depuis, rentré en métropole, je poursuis la découverte de cet auteur qui sait, tout en restant poétique, aborder les questions collectives qui gênent à travers des personnages aussi tortueux et contradictoires que les évènements historiques dont ils sont les protagonistes.

Ici, je me permet de relever quelques passages de « Ce que le jour doit à la nuit » qui se déroule en Algérie des années 30 jusqu’à son indépendance. Magistral.

« Le printemps gagnait du terrain. Les collines recouvertes de duvet miroitaient aux aurores comme une mer de rosée. On avait envie de se mettre à poil et de s’y jeter la tête la première, de nager dans l’herbe jusqu’à épuisement puis d’aller s’étendre au pieds d’un arbre et de rêver, une à une, de toutes les belles choses que le bon Dieu faisait. C’était grisant. Chaque matin était un coup de génie, chaque instant que l’on volait au temps nous livrait une part d’éternité  »

 

Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra

 

 

Extraits de « Ce que le jour doit à la nuit » de Yasmina Khadra


Jetée d’intimes un peu au hasard FredBA Juin 2019, Bègles

Honneur à cet immense auteur qu’est Yasmina Khadra, que je découvre enfin malgré avoir flirté l’idée de le lire depuis des années et puis il a fallu que je me rende à La Réunion, et c’est au fin fond du globe, sur les terres lointaines de l’océan indien que je l’ai rencontrée, cette époustouflante plume par l’entremise d’une logeuse qui m’a prêté plusieurs livres pour occuper les journées de mon long séjour ; parmi eux, se trouvait « Les sirènes de Bagdad », que j’ai profondément aimé, qui m’a troublé éternellement. M’a subjugué de tant de justesse.

Depuis, rentré en métropole, je poursuis la découverte de cet auteur qui sait, tout en restant poétique, aborder les questions collectives qui gênent à travers des personnages aussi tortueux et contradictoires que les évènements historiques dont ils sont les protagonistes.

Ici, je me permet de relever quelques passages de « Ce que le jour doit à la nuit » qui se déroule en Algérie des années 30 jusqu’à son indépendance. Magistral.

L’oncle Mahi à son neveu Younés, 10 ans :

« Le malheur qui nous frappe ne prémédite pas son coup.Comme la foudre il nous tombe dessus, comme la foudre il se retire, sans s’attarder sur les drames qu’il nous inflige et sans les soupçonner. Si tu veux pleurer, pleure ; si tu veux espérer, prie, mais de grâce, ne cherche pas de coupable là où tu ne trouves pas de sens à ta douleur. »

Ce que le jour doit à la nuit de Yasmina Khadra

« L’ombre animale » de Makenzy Orcel…


…ou le plaisir de lecture titillé, sans cesse, page après page, par la poésie viscérale du jeune auteur haïtien ; aucun point pour terminer ses phrases mais des virgules qui viennent rythmer un texte époustouflant.

"Est-ce une ombre ?" par FredBargeoN, Terrac, Ariège

« Est-ce une ombre ? » par FredBargeoN, Terrac, Ariège

Extrait : « …j’allumais une énième cigarette, et seule dans le noir avec cette petite chose qui s’illuminait à chaque fois que je tirais dessus, comme pour me dire que ma vie aurait pu briller aussi, je pensais à plein de choses, ma mort était imminente, elle rodait doucement tout autour de mon silence, cet inépuisable présent, fumée de cigarette répandue dans l’air lourd de cette chambre suspendue, puis il y avait le dos de mes parents disparaissant par la route des damnés, je l’exécrais, ce dos, autant que j’étais soulagée de le voir disparaître, rien n’est plus mortel qu’un dos qui s’éloigne pour toujours, tels des troupeaux poussés par la faim et la sécheresse , sans certitude de retour, la tête bourrée d’illusions, quelques objets pour garantir la mémoire, quelle mémoire, une part d’eux effacée, couverte de toiles d’araignées flottant dans les encoignures, toute une vie révolue, submergée, ou plutôt vidée de tout ce qui aurait pu être pour recommencer une autre vie ailleurs, crois-en celle à qui il est permis de parler du lieu de la mort… » « L’ombre animale » de Makenzy Orcel.

Lucien Barjon, alias « Papette Siblaw », mon grand-père paternel, hommage sétois pour son centième anniversaire


Vendredi 11 mars 2016, il aurait eu 100 ans. C’est mon grand-père paternel, mon « Papette ». Il était Homme de théâtre, de cinéma et de télévision. Il aimait les mots et la poésie, se bourrait la gueule avec Brassens, sétois comme lui, échangé quelque correspondance avec Giono. Il était communiste et déserteur. Il aimait les situations impromptues où il pouvait, sans honte, partir dans des fous rires légendaires. Il aimait l’astronomie et se plaisait à croire que les extra-terrestres existaient. Il était (trop) sensible et (trop) humaniste dans ce milieu artistique (souvent) cannibale où il faut jouer des coudes pour être en tête d’affiche.
Pour lui rendre hommage, la ville de Sète, à l’initiative de Jacques Barthés, organise une exposition autour de sa longue carrière (souvent chaotique.) Lucien Barjon, né Lucien Bargeon était un grand-père un peu lointain et pourtant si attachant.Qui m’a laissé, en héritage émotionnel, une belle sensibilité artistique.
Exposition du 8 au 22 mars à la Médiathèque François Mitterrand de Sète. Vernissage le vendredi 11 mars à 18h. Aujourd’hui départ donc pour la Méditerranée !
Voici l’affiche et le tableau que je viens de terminer pour lui fêter ces 100 ans « Papette Siblaw ». Si vous êtes dans le coin…

Rétrospective de la soirée du vernissage (quelques photos, coupures de presse et textes) :

TEXTE d’hommage de Roland Bargeon, son fils

Hommages de Gabriel Garran et Pierre Arditi

 Et la carrière de Lucien Barjon en vidéo :

Peu importe les prétextes, l’exil ne dissimule pas entièrement le goût de sa Terre


Extrait de « Seule la mer » un roman atypique entre poésie et narration d’Amos Oz. (édition poche Folio)

"Silhouettes de frênes", octobre 2014, Terrac, FredBargeoN

« Silhouettes de frênes », octobre 2014, Terrac, FredBargeoN

 » Des olives

Car le goût fort de ces olives qui ont longuement mariné dans l’huile avec de l’ail, du sel, du citron, du piment et du laurier,

exhale parfois des effluves du passé : des pierres fendillées, un troupeau,

l’ombre et le son d’un pipeau, un souffle mélodieux venu du fond des âges.

La fraîcheur d’une grotte, une hutte cachée au fond d’une vigne, un abri dans un champ,

une tranche de pain d’orge et de l’eau du puits. C’est de là que tu viens. Tu t’es égaré.

Ici c’est l’exil. Quand ta mort viendra, une main omnisciente se posera sur ton épaule,

viens, il est temps de rentrer à la maison.« 

 

« Dieu existe. Il est celui que tu désires être un jour », Jamel Balhi


Comme une conclusion après 18 mois de course à pied sur « Les routes de la foi » de Jamel Balhi aux éditions Transboréal. Humilité et amour. Une forme chaleureuse de sagesse.

(R)éveil, Terrac, Ariège, 31 juillet 2015, FredBargeoN

(R)éveil, Terrac, Ariège, 31 juillet 2015, FredBargeoN

page 336 : (du chapitre « Lhassa : ultime sagesse« ) « …J’éprouve seulement un sentiment de plénitude, la certitude d’avoir atteint l’inaccessible. Un rêve réalisé. Aucune récompense ne pourra me gratifier d’une telle victoire sur soi-même et sur les incertitudes du départ. Aucune récompense n’aura autant de valeur que ces petits moments d’amour distillés par des inconnus qui m’ont accueilli sous leur toit. Qu’ils soient adorateurs de la Croix, du Croissant, de l’Etoile, du Trident ou du Vajra, l’amour que portent en eux les hommes est indépendant des symboles, si sacrés soient-ils. Je n’oublierai jamais ces paroles de mon ami Christian Farra de Beyrouth : « 17 ans de guerre et on aime tout le monde. » Au royaume du dalaï-lama, ces mots trouvent un écho singulier. Elles traduisent l’humilité de tous les maîtres rencontrés en chemin. Dieu existe. Il est celui que tu désires être un jour.« 

Personnellement ces quelques mots me bouleversent. Pour quelques instants je m’échappe de la chape de plomb des discours haineux, sectaires actuels. Je m’échappe. Une évasion qui dure plus qu’un instant.

Frédéric Bargeon